Imael Angel, « I’m Moving to the Sun » : l’étrange histoire d’un morceau qui a changé de visage

Imael Angel, « I’m Moving to the Sun » : l’étrange histoire d’un morceau qui a changé de visage

Fin juin 2026, je découvre « I’m Moving to the Sun » dans une vidéo TikTok. Je ne sais alors absolument rien du morceau, de son auteur ou de son histoire. Il me plaît suffisamment pour que je le recherche sur YouTube et l’ajoute à ma playlist « Musique ». À la mi-août, je veux le réécouter. Il a disparu. Pas seulement de ma playlist : impossible de retrouver sur YouTube la version que j’avais entendue.

En cherchant ailleurs, je tombe sur plusieurs morceaux portant le même titre, mais aucun ne correspond exactement à celui que j’avais découvert. C’est ce qui déclenche cette enquête. Je finis par retrouver une trace sur SoundCloud. Et je découvre alors que la chanson que j’avais entendue n’est pas la version de HUGEL et Ultra Naté, devenue entre-temps la version la plus connue. C’est une version antérieure, attribuée à Imael Angel, que Peter Madigan présente comme l’« Original AI version ». À partir de là, une question apparemment simple devient beaucoup plus compliquée : qu’est-ce que j’avais réellement écouté ? Qui est Imael Angel ? Qui a composé cette chanson ? Quelle place l’intelligence artificielle occupe-t-elle dans sa création ? Et surtout, pourquoi cette version a-t-elle disparu alors que le morceau, lui, est devenu un succès international ?

En remontant la piste, on découvre que I’m Moving to the Sun n’est pas vraiment un morceau, mais une succession de versions différentes, de crédits, de remixes et de réinterprétations. Et que l’histoire racontée aujourd’hui autour de cette chanson est peut-être plus simple que la réalité. Imael Angel existait avant HUGEL. La première chose à établir est que le projet Imael Angel n’est pas né avec HUGEL. Les catalogues musicaux font apparaître les premiers titres à la fin mars 2026. « BAD TIMES » est daté du 30 mars, « KÜZDELMES ÉLET » du 31 mars, puis viennent notamment « DEJA VU », « ALBEDO », « I’M MOVING TO THE SUN », « The Alchemist », « I’M STILL HERE » et « Spiritual Warrior ». Le projet musical était donc déjà actif plusieurs semaines avant la sortie de la version HUGEL. Mais dès les premiers titres, un autre nom apparaît dans les crédits : Bernadett Gango. Pour I’m Moving to the Sun, officiellement sorti le 14 avril 2026, les bases musicales créditent Imael Angel comme interprète, mais attribuent la composition et la production à Bernadett Gango. Le même type de configuration apparaît sur plusieurs autres morceaux.

Qui est Bernadett Gango ?

C’est probablement l’un des éléments les plus intrigants de cette histoire. Les informations disponibles relient directement Bernadett Gango au projet Imael Angel. Elle est notamment associée au site officiel d’Imael Angel et à une activité professionnelle dans le domaine du Reiki. Le positionnement artistique d’Imael Angel est lui-même très fortement marqué par la spiritualité, l’énergie et la guérison. Cela donne une piste sérieuse : Imael Angel semble être un projet artistique étroitement lié à Bernadett Gango. Mais il faut garder une nuance importante. Nous n’avons pas trouvé de déclaration publique suffisamment explicite permettant d’écrire simplement « Imael Angel est Bernadett Gango » comme s’il s’agissait d’un fait officiellement revendiqué. Ce que l’on peut dire, en revanche, c’est que les traces documentaires disponibles établissent un lien particulièrement étroit entre les deux noms.

Une chanson, plusieurs enregistrements

C’est à partir de là que l’histoire commence à devenir franchement étrange. Sous le titre I’m Moving to the Sun, on trouve plusieurs enregistrements différents. Il y a d’abord la version SoundCloud que j’avais découverte. C’est celle que Peter Madigan identifie comme l’« Original AI version ». C’est également celle que j’ai retrouvée après avoir cherché pendant plusieurs jours la chanson disparue de ma playlist. Puis il existe une version officiellement publiée par Imael Angel le 14 avril, d’une durée de 3 minutes 42. Elle est publiée sous Imael Angel Records et crédite Bernadett Gango comme compositrice et productrice. Il existe également une autre fiche Spotify, portant exactement le même titre et la même date, mais publiée cette fois sous le nom d’Hyperbaiter. Elle dure 3 minutes 41. Et à l’écoute, ce n’est pas le même enregistrement. Ce détail est essentiel. Les plateformes donnent facilement l’impression qu’il s’agit d’un même morceau simplement distribué par plusieurs labels. Or, dans ce cas précis, nous sommes en présence d’enregistrements distincts. Et aucune de ces deux versions officielles n’est celle que j’avais découverte sur SoundCloud. La version IA originale constitue donc un troisième objet. Cela signifie qu’il faut renoncer à une chronologie trop simple du type « une chanson, puis des remixes ». Nous avons au minimum une version SoundCloud qualifiée d’originale IA, une ou plusieurs productions officielles d’Imael Angel, puis toute une série de remixes et, finalement, la version de HUGEL et Ultra Naté.

La version que j’avais découverte n’est plus sur YouTube. C’est précisément ce qui m’avait conduit à commencer cette recherche. Fin juin, la chanson était suffisamment facile à trouver pour que je la découvre sur TikTok, puis que je la retrouve sur YouTube et l’ajoute à ma playlist. À la mi-août, elle n’y était plus. Après avoir écouté les différentes versions actuellement disponibles sur YouTube, j’ai pu constater que celle que je cherchais n’y figurait plus. La version IA de 3 minutes 41 que j’avais entendue n’est donc pas simplement une vidéo que je n’avais pas reconnue parmi les différentes versions actuelles. Elle a bel et bien disparu de la circulation publique sur cette plateforme. Pourquoi ? Nous ne le savons pas. Cela peut être lié aux droits, à la distribution, à la stratégie du projet, au changement de version officielle ou à autre chose. Il serait tentant d’imaginer qu’une version générée par IA a été retirée au moment où l’industrie a commencé à exploiter commercialement le morceau, mais nous n’avons aucune preuve permettant de l’affirmer. C’est une différence importante entre ce que nous savons et ce que nous pouvons supposer.

Puis arrive HUGEL

Le 22 mai 2026, HUGEL publie Movin’ To The Sun avec Imael Angel et Ultra Naté. Le morceau dure 2 minutes 22 et sort sur Make The Girls Dance Records. Il ne s’agit pas simplement d’un nouveau mix de la version que j’avais entendue. C’est une nouvelle production, avec une nouvelle interprétation vocale par Ultra Naté. Les crédits de composition de cette version comprennent HUGEL, Loris Cimino, Maximilian Riehl et Imael Angel. La presse musicale présente alors le morceau comme une collaboration entre HUGEL, Ultra Naté et Imael Angel. Mixmag décrit même Imael Angel comme le songwriter associé au titre. Et c’est cette version qui va donner au morceau une tout autre dimension. Le succès est rapide. Le titre apparaît notamment dans les classements européens dès le mois de juin. Le 21 juin, Movin’ To The Sun figure par exemple à la 33e place du classement suisse des singles. Le morceau devient alors un véritable produit de l’industrie dance internationale. Et c’est à ce moment que l’histoire de l’IA devient particulièrement intéressante.

Une chanson créée par une intelligence artificielle ?

Selon Peter Madigan, la version SoundCloud que nous avons retrouvée est l’« Original AI version ». C’est bien cette version que j’avais entendue. Mais cette affirmation mérite d’être maniée avec précaution. Dire qu’une version utilise une voix générée par intelligence artificielle n’est pas la même chose que dire qu’une chanson entière a été générée par une IA. Et encore moins que l’artiste lui-même est une intelligence artificielle. Nous ne savons pas exactement quelle partie de la version originale a été produite par IA. Nous ne savons pas non plus, à ce stade, quelle technologie aurait été utilisée ni dans quelles conditions. Il serait donc beaucoup trop rapide de transformer cette histoire en « un tube créé par une IA ». Ce que nous pouvons dire, c’est qu’une version antérieure du morceau a été présentée comme une production utilisant l’intelligence artificielle, et qu’une nouvelle version a ensuite été produite avec HUGEL et chantée par Ultra Naté. C’est déjà suffisamment singulier.

Le storytelling

C’est ici que je commence à être plus méfiant. Une histoire très séduisante s’est construite autour du morceau : une chanson créée avec l’intelligence artificielle apparaît sur Internet, devient virale, est repérée par HUGEL, qui reconstruit la production, puis Ultra Naté apporte une voix humaine à ce morceau issu de l’IA. C’est une excellente histoire, elle raconte en quelques étapes quelque chose qui intéresse énormément l’industrie musicale en 2026 : la rencontre entre création algorithmique, viralité TikTok et production musicale traditionnelle. Mais une bonne histoire n’est pas nécessairement une chronologie exacte. Il faut notamment distinguer les dates de création, les dates de publication, les dates de distribution officielle et les dates auxquelles les différents protagonistes ont commencé à raconter l’histoire du morceau. Nous savons que le projet Imael Angel existait déjà à la fin mars. Nous savons que I’m Moving to the Sun a fait l’objet d’une sortie officielle le 14 avril. Nous savons que HUGEL a publié sa nouvelle version le 22 mai. Nous savons qu’une version SoundCloud présentée comme l’originale IA a circulé. Mais nous ne savons pas encore précisément quand cette version IA a été créée, quand elle a été publiée pour la première fois, qui l’a créée, ni dans quelles circonstances HUGEL l’a découverte. Ce sont des trous importants dans la chronologie et ils empêchent de transformer une histoire séduisante en vérité établie.

Ce qui est certain, ce qui ne l’est pas

À ce stade, plusieurs éléments sont suffisamment documentés. Imael Angel est un projet musical qui existait avant le remix de HUGEL. Bernadett Gango est étroitement liée à ce projet et apparaît comme compositrice et productrice sur I’m Moving to the Sun. Plusieurs enregistrements différents portent le titre « I’m Moving to the Sun ». Une version SoundCloud antérieure, celle que j’avais découverte, est présentée comme une version originale utilisant l’IA. Cette version n’est plus disponible sur YouTube. HUGEL a ensuite publié une nouvelle production avec Imael Angel et Ultra Naté le 22 mai. En revanche, nous ne savons pas pourquoi la version IA a disparu de YouTube. Nous ne savons pas non plus si elle est réellement la toute première version du morceau. Nous ne savons pas précisément comment l’IA a été utilisée. Et nous ne savons pas exactement comment s’est faite la rencontre entre cette version et HUGEL. Ce sont des inconnues que le récit médiatique autour du morceau tend assez facilement à gommer. Et personnellement, je préfère la version IA.

Il y a enfin un élément qui n’appartient pas à l’enquête mais qui, à mon sens, mérite d’être dit. Après avoir retrouvé puis réécouté les différentes versions, j’ai constaté quelque chose d’assez paradoxal : c’est précisément la version présentée comme la version IA qui me plaît le plus. Je la trouve plus nette, plus pure, plus dépouillée. Elle me fait davantage vibrer que les versions de DJ que j’ai pu écouter ensuite. Ce n’est évidemment pas un jugement objectif sur leur qualité musicale. C’est simplement mon expérience d’auditeur. Et elle pose une question assez vertigineuse. Pourquoi cette version n’a-t-elle pas été commercialisée telle quelle ? Est-ce simplement une question de droits, de distribution ou de stratégie commerciale ? Ou bien existe-t-il encore, dans l’industrie musicale, une nécessité de donner un visage humain à une musique produite par des machines ? Peut-être que les gens ne sont tout simplement pas encore prêts à danser sur un morceau 100 % IA. Peut-être qu’il faut encore un DJ identifiable, une chanteuse célèbre, un label, un clip et une histoire pour transformer une production algorithmique en objet culturel acceptable. HUGEL et Ultra Naté fournissent précisément tout cela mais ce serait aller trop loin que d’affirmer que c’est la raison pour laquelle la première version a disparu, c’est seulement une hypothèse. Et c’est peut-être justement ce qui rend cette histoire intéressante, parce que la question n’est finalement pas seulement de savoir si l’intelligence artificielle peut produire une chanson capable de nous faire danser. La vraie question est peut-être de savoir si nous accepterons un jour de danser sur une chanson dont nous ne pouvons plus identifier clairement l’auteur, l’interprète, la machine et l’humain. Dans le cas de I’m Moving to the Sun, cette frontière est déjà devenue particulièrement difficile à tracer. Et c’est assez ironique : la version qui m’avait le plus touché est précisément celle qui, au moment où j’ai voulu la réécouter, avait disparu.

Écouter I’m moving to the sun

La version désormais officielle, celle de HUGEL, Imael Angel & Ultra Naté, qui a rencontré le succès dans les charts :

Et la version SoundCloud que nous considérons, avec les réserves exposées dans l’article, comme la candidate la plus crédible à la version originale : Imael Angel – I’m Moving To The Sun, version SoundCloud

Une enquête rondement menée par l’Ours et Gepeto.

L’article de blog original a été reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’Ours.

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